Trois membres du Comité IDAHO ont lancé une grève de la faim lundi 25 juin pour protester contre l'homophobie et l'inaction honteuse de la France. Quelques heures plus tard, en catastrophe, le Quai d'Orsay a convoqué le Comité IDAHO et les autres associations internationales concernées par le sujet pour une réunion programmée trois jours plus tard, le jeudi 28 juin, à 11h. Bien entendu, comme les précédentes, cette réunion n'a abouti à rien. Aucune décision n'a été prise. Une fois de plus, ce fut le triomphe de l'attentisme et de la frilosité.
Pourtant, les faits sont là. Le 10 mai dernier, François Hollande a reçu Louis-Georges Tin, président du Comité IDAHO, et Alexandre Marcel, vice-président du comité IDAHO-France, qui ont rappelé que plus de 70 pays dans le monde pénalisent l'homosexualité. Le nouveau président s'est engagé à porter dans l'année une résolution aux Nations Unies pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité, ce qui implique qu'on l'annonce officiellement et qu'on s'y emploie au plus vite.
Pourquoi une telle urgence ? Pour faire passer une telle résolution, le soutien des Etats-Unis, et d'Hillary Clinton en particulier, est absolument indispensable. Or avec les élections présidentielles en novembre, il y a un vrai risque que les républicains l'emportent, et l'on connaît déjà leurs positions peu favorables à la lutte contre l'homophobie. Et même si Barack Obama gagnent, Hillary Clinton a déjà annoncé qu'elle quitterait ses fonctions de secrétaire d'Etat, et il y a peu de chances que l'on retrouve à ce poste une personne aussi engagée qu'elle sur ce sujet. Par conséquent, en novembre, la situation sera moins bonne, ou plus mauvaise.C'est pourquoi il faut agir maintenant. Et ceux qui estiment qu'avancer est risqué ont tort : l'immobilisme l'est davantage.
Entre 2008 et 2010, à l'époque où Rama Yade était secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, la France a exercé dans ce domaine un leadership international tout à fait remarquable. Poussée par le Comité IDAHO, la France a porté une déclaration à l'Assemblée générale des Nations Unies, qui fut une avancée historique. A l'époque, la plupart des experts auto-proclamés, y compris ceux du Quai d'Orsay, étaient contre cette initiative, et avaient fustigé le Comité IDAHO et Rama Yade. Mais le volontarisme de la secrétaire d'Etat permit de triompher du conservatisme ambiant, et tout le monde reconnaît aujourd'hui que ce fut un progrès remarquable. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ceux qui étaient contre la déclaration de 2008, sont aujourd'hui contre la résolution de 2012. N'ont-ils rien appris de leurs erreurs ? Ne voient-il pas que l'attentisme et la frilosité deviennent lâcheté et cruauté quand tant de gens croupissent dans les prisons de l'homophobie, de la peur et du désespoir ?
En l'état actuel des choses, le Comité IDAHO dénonce l'attitude du Quai d'Orsay, qui traite avec désinvolture, mépris, voire avec cynisme les engagements du président (après tout, ce n'était qu'une promesse ! Ah oui, vous y aviez cru ?) Dès lors, au-delà de la question homosexuelle, une question se pose, qui devrait inquiéter très sérieusement tous ceux qui se sont mobilisés pendant la campagne pour obtenir des engagements, quels que soient les domaines : que vaut encore la parole de François Hollande ?
Dans ce contexte navrant, face aux mensonges, aux renoncements, aux lâchetés et aux trahisons de toutes sortes, les militants du Comité IDAHO ne peuvent que poursuivre leur grève de la faim.