Ce qui pose problème n’est pas le désir homosexuel, c’est la peur de l’homosexualité ; il faut expliquer pourquoi le mot seul déclenche les fuites et les haines. On s’interrogera donc sur la façon dont le monde hétérosexuel discourt et fantasme sur l’ “ homosexualité. ”
Guy Hocquenghem, Le Désir homosexuel, 1972.
Selon une opinion largement répandue, l’homosexualité serait aujourd’hui plus libre que jamais : partout présente et visible, dans la rue, dans les journaux, à la télévision, au cinéma, elle serait même tout à fait acceptée, ce dont témoignent apparemment les récentes avancées législatives en Amérique du Nord et en Europe sur la reconnaissance du couple homosexuel (Vermont, Québec, Pays-Bas, Danemark, Belgique, France, Suède, Allemagne, Finlande, Suisse, Angleterre...). Certes, quelques ajustements demeurent nécessaires pour éradiquer les dernières discriminations, mais avec l’évolution des mentalités, ce ne serait en somme qu’une simple affaire de temps, le temps de faire aboutir un mouvement de fond lancé depuis plusieurs décennies déjà.
Peut-être. Peut-être pas, car pour l’observateur un peu plus attentif, la situation semble globalement bien différente, et à vrai dire, dans l’ensemble, le xxe s. a sans doute été la période la plus violemment homophobe de l’histoire : déportation dans les camps de concentration sous le régime nazi, goulag en Union soviétique, chantages et persécutions aux États-Unis à l’époque de McCarthy... Évidemment, tout cela semble loin. Mais bien souvent, les conditions d’existence dans le monde d’aujourd’hui restent très difficiles. L’homosexualité semble partout discriminée ; dans 80 États au moins, les actes homosexuels sont condamnés par la loi (Algérie, Sénégal, Cameroun, Éthiopie, Liban, Jordanie, Arménie, Koweit, Porto Rico, Nicaragua, Bosnie...) et dans de nombreux pays, cette condamnation peut aller au-delà de dix ans (Nigeria, Libye, Syrie, Inde, Malaisie, Cuba, Jamaïque...), parfois la loi prévoit la perpétuité (Guyana, Ouganda), et dans une dizaine de nations, la peine de mort peut être effectivement appliquée (Afghanistan, Iran, Arabie Saoudite...).